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    * HUMEUR * Résolution pour 2016

     

     

     

     

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    * Au Fil des Lignes * Merci à Vous

     

     

     Merci à Vous.

     

     

     

     

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    * L'ENCRIER * « Dernier Vol pour l’Inframonde » - 8 & fin

     

     

           Paris, 20 h 40 – On est à plus d’un an et demi de l’accident et à plus de quatorze mois de rééducation. D’après Marc, mon caractère n’a pas tellement changé, mon humour non plus... Mes savoirs, mes acquis et mes facultés intellectuelles n’ont pas été entièrement altérés. En revanche, malgré une tentative d’opération de la D2 et la pose d’une plaque sur la colonne vertébrale, qui a échoué, mais m’a permis de m’offrir en passant trois jours supplémentaires de coma artificiel, les séquelles physiques restent bien là... et le verdict tombe : je ne marcherais définitivement plus.

     

           Il y avait un avant, il va falloir construire un après...

     

           Si je me rappelle très bien les motifs de mon départ en pleine nuit, mes soucis du moment : le boulot, le fric, Marc... ils me paraissent désormais bien lointains. Mes priorités se réorganisent. Après toutes ces épreuves, aussi terribles pour lui que pour moi, il est toujours à mes côtés. Serait-ce donc la preuve qu’il... tient à moi ? Alors, tous mes questionnements à son sujet, toutes mes inquiétudes sur son amour et toutes mes analyses de bas étages me paraissent désormais aussi sottes... que désuètes.

           J’ai en revanche beaucoup de mal à me souvenir de tout ce que Marc me raconte... je l’oblige sans cesse à répéter... Le toubib parle d’amnésie antérograde... je ne me souviens pas d’un nom ou d’un chiffre que je viens de lire. Alors le mot « souvenir » n’aura donc plus aucun sens pour moi ? Plus de « futur », je suis condamnée à vivre dans ceux du passé et je ne pourrais plus rien découvrir ou apprendre de nouveau sans le gommer aussitôt. Chaque journée s’effacera terriblement de ma mémoire au fur et à mesure que je vais la « vivre »...

           J’ai réussi par obligation à intérioriser le « Tu ne marcheras plus... »... je ne peux toujours pas m’imaginer une vie dans la négation et son effacement quasi instantané. Terminé le ciné ou le théâtre... finie la lecture... Même les photos d'aujourd’hui ne m’évoqueront plus rien demain. Inutiles aussi les informations à la télévision que je redécouvre comme des nouveautés à chaque flash : celles de vendredi journal de 13 h... redécouvertes à 20 h... et à nouveau le samedi à 13 h. Je vois bien Marc est dérouté, parfois je m’énerve devant son indifférence...

    -        « Le mec s’est fait tuer et ça ne te fait rien ? C’est atroce ! C’est une vraie boucherie ce qui lui est arrivé ! »

    Cela fait plus d’une semaine que l’info tourne en boucle sur toutes les chaines et je la redécouvre à chaque fois... Je me souviens de moments drôles et heureux passés avec lui... ceux d’avant... Mais nous ne pouvons plus désormais nous en construire de nouveaux. Oui, je lui parle et j’arrive à le reconnaître chaque jour, et surtout, j’ai de la chance : il est bien là à mes côtés... Mais lui me reconnait-il tout à fait ? Son amour pour moi ne sera jamais assez puissant pour supporter tout ce que je lui fais endurer. Ce sera à son tour de faire le dur constat qu’il ne s’agit plus d’altruisme, mais de pure négation de lui-même.

     

           (...)

     

           Lucerne (Suisse)

           La pendule affiche 9:30, pour moi il est trois ans et demi de non vie. Je sens bien que Marc souffre dans son quotidien de me voir ainsi zapper le moindre instant du moindre jour... C’est devenu ça... la Vie ? Je suis un poids trop lourd et je n’ai plus envie de lutter... Pourquoi suis-je partie cette nuit-là... et surtout, finalement, pourquoi suis-je revenue ?... J’ai gâché une histoire... la sienne, la mienne aussi sans doute. Je t’en prie mon cœur, laisse-moi partir par amour pour moi, par amour pour ce que nous avons été. Aujourd’hui, ma décision est prise. Mon désir d’avoir le choix, du quand et du comment, c’est en soi ma Liberté de nous rendre nos Libertés.

     

             Je n’ai pas peur de retourner d’où je viens.

           

     

    -        « Au revoir mon amour ».

     

    ---ooOoo---

     

     

    Anna - Mai 2013

     

     

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    * EXPO * Robert DOISNEAU, « scientifique » au Jardin des Plantes

     

     

    Une exposition en grande partie inédite donc qui raconte l’attrait d’un photographe pour le monde des sciences. Et plus spécifiquement des sciences au Muséum : ses chercheurs, ses laboratoires, ses jardins, ses galeries… Un professeur entouré d’une montagne d’herbiers dans un des laboratoires des années 40… Une échelle et le jardinier s’affairant dans les grandes serres du Jardin des Plantes. Robert DOISNEAU offre un point de vue transversal, énigmatique et inattendu, sur ce qui forme cette institution.

    128 photographies et 35 planches contacts exposées dans la Grande Galerie de l’Évolution, que sont exposées à travers huit thématiques choisies permettent alors de guider les visiteurs dans les lieux mêmes où Robert DOISNEAU posa son appareil : Musée de l’Homme, Vertébrés, Herbier et graineterie, Minéralogie et Paléontologie, Zoo et Ménagerie, Entomologie, Serres et cultures, Publics.

     

     

     

     

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    * L'ENCRIER * « Dernier Vol pour l’Inframonde » - 7/8

     

     

           Hôpital Paris, 13 h – Marc  reprend ses visites quotidiennes, arrive dans la nouvelle chambre d’Agnès où il a malheureusement repris l’habitude de la voir figée, sans réaction. Comme à chaque fois, il regarde la feuille de soins accrochée au pied du lit, juste pour consulter les derniers résultats du test de Glasgow.

           Soudain, il lit : « Comprends – Essaie de parler »... Marc relit cette phrase, s’en imprègne, elle l’envahit, le submerge, son cœur s’emballe... Il sonne et sonne encore pour qu’un médecin ou une infirmière arrive, quelqu’un vite ! Il leur brandit la feuille :

    -        « Qu’est-ce que ça veut dire ?

    -        Ce matin, elle a essayé de parler... alors on lui a mis un bouchon à sa trachéo et on a coupé le respirateur quelques instants pour qu’elle puisse parler... et elle a parlé !

    -        Parlé ?... Et elle a dit quoi ???

    -        Elle a dit ‘’ Bonjour ’’... et elle a dit ‘’ A – nès ’’... »

    La tête de Marc allait exploser ! Elle a parlé, elle a parlé ! Elle sait qu’il faut dire bonjour aux gens, elle sait qui elle est... C’est merveilleux, merveilleux !! Marc lui prend aussitôt la main :

    -        « Fais-moi un signe, je t’en supplie, je suis là !... N’importe quoi... »

    Mais non... cet après-midi, rien ne se produisit...

     

           Marc reprit alors ses longs monologues sur l’évolution de son état, le temps qu’il faisait, mais surtout évoquant chacune des discussions qu’ils avaient eues sur tant de sujets aussi riches les uns que les autres : leurs goûts musicaux si différents, la création artistique, la peinture, la littérature, le cinéma, les contraintes et les joies de leurs métiers respectifs, les pièces de théâtre qu’ils avaient vues, ou celles plus philosophiques sur le comportement humain :

    -        « Ma douce, t’en souviens-tu ? »

           Calmement malgré son inquiétude, il revivait lui aussi, mais à voix haute tous ces instants désormais si précieux à ses yeux, se dévoilant à lui-même l’attachement grandissant qu’il avait pour elle. Et il revenait chaque jour, la quittant à regret chaque soir en l’embrassant tendrement :

    -        « See you tomorrow my dear… I need you… »

           Le cœur serré de la voir sans réponse, il ne pouvait se résoudre à croire, égoïstement peut-être, qu’il ne pourrait éventuellement plus partager ces délicieux moments avec elle. Son étoile, qui avait su illuminer ses jours et tant de ses nuits, semblait filer éteinte vers d’autres cieux. Il regrettait déjà de n’avoir pas su lui témoigner son affection aussi intensément qu’elle l’aurait souhaitée et se reprochait de n’avoir peut-être pas réussi à lui faire comprendre le besoin impérieux qu’il éprouvait de la sentir à ses côtés. Aujourd’hui, il pouvait se l’avouer à lui-même, il lui était possible de perdre son aimée, et elle ne saurait peut-être jamais qu’il tenait à elle fabuleusement.

     

           Marc savait qu’on ne sortait pas du coma comme dans les films : le mec qui se réveille soudain au bout de plusieurs mois, voire des années, cligne des yeux, voit trouble et puis se dit : « Bon sang, mais qu’est-ce que je fais là ? ». Il savait que la réalité était tout autre, que c’était encore des jours, des semaines, des mois... Oui, des mois et des mois... pour qu’au mieux, les grognements se transforment franches paroles, pour que les propos incohérents deviennent des phrases construites, pour que la main soit capable enfin de saisir un objet... Rien n’était gagné d’avance.

           (...)

     

     

           Hôpital Paris, 12 h 30 – À mon réveil, j’essaie d’ouvrir les yeux, je suis allongée, des tuyaux sont branchés sur moi... j’entends des bips... j’ai mal à la gorge... je n’ai aucune notion du temps, tout est flou. Par contre, j’ai l’impression d’être sûre d’exister et d’être là. Progressivement, je prends conscience, je sens ma main être serrée. J’essaie de bouger les jambes... rien... Je ne peux pas parler, je suis intubée. Encore des bips... une ombre blanche... L’infirmière présente perçoit mon inquiétude me raconte ce qui s’est passé.

           Je n’ai aucune image, aucun son, aucune douleur de la réalité de l’accident. C’est comme si, au moment de la vision terrible de ce grand saut, de ce vol qui arrive, j’avais abandonné mon corps et étais entrée dans une autre réalité, une autre dimension... À force de me raconter les événements, j’ai fini par les intégrer, enfin, je crois... Il parait que je dois ma survie à l’acharnement des gars du SAMU d’Orange... Je n’ai aucun souvenir de cette matérialité des faits... Je me souviens de Paris, oui, de l’autoroute en moto et de la course avec la Mercedes ... Ah oui, Karl... mais rien de précis sur l’accident... Voilà donc après cinq minutes quelle est ma nouvelle réalité... je ne marcherais peut-être plus... Comment peut-on se représenter le « Tu ne marcheras plus... » ?... Peut-on s’imaginer une vie dans la négation ?

     

           Hôpital Paris, 13 h 30 – Je reconnais ce sourire, ce regard qui brille... il me parle... je connais cette voix comme un lointain repère... Marc est là... il semble soulagé ou excité de me voir les yeux ouverts... je l’entends, mais je ne peux pas lui répondre... il me prend la main, la serre fort, l’embrasse mille fois, me caresse tendrement les cheveux... il semble heureux... Je tente un sourire en réponse, mais je ne suis pas sûre que ce rictus lui ressemble... je baisse les paupières et les rouvre comme pour lui dire oui... je suis là... à nouveau...

          

           (...)

     

     

     

    .../...

     

     

     

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    * L'ENCRIER * « Dernier Vol pour l’Inframonde » - 6/8

     

     

     

           Paris, 4 h – Réveillé en sursaut au petit matin par les gendarmes qui avaient trouvé son numéro de portable collé entre le permis de conduire d’Agnès et les papiers de la moto, « à prévenir en cas d’urgence »... moto, accident, hôpital... incompréhension, hébétude, panique... Marc se raccrochât désespérément à la dernière phrase de son interlocuteur : « Rassurez-vous, elle est en vie ». Déjà en route pour Orange, reprenant le trajet pris dix heures plus tôt par Agnès, il se répétait inlassablement la phrase « Elle est en vie » en litanie, comme pour ne pas devenir fou. Dans l’aube naissante, son ignorance grandissait. Qu’allait-elle faire à Orange ? Il ne se souvenait pas qu’elle lui ait parlé d’un quelconque déplacement dans le sud de la France. Et cette fichue moto dont elle ne pouvait se séparer ! Qui était ce mec en Mercedes ? Et elle faisait quoi ?... La course ? Pfff, faire la course, ça lui correspondait bien ! Agnès roulait toujours beaucoup trop vite, il lui avait déjà gentiment suggéré d’avoir la main plus légère sur la poignée des gaz, tout en sachant qu’il ne pouvait rien imposer et qu’elle n’en ferait finalement qu’à sa tête. Après plus de six cents kilomètres, et six heures de questionnement en boucle, Marc arriva enfin après un voyage interminable.

     

           Hôpital d’Orange, 10 h 30 – Dès son arrivée aux urgences, Marc reste planté au milieu de l’entrée, hébété, des blouses blanches, des vertes... ça court partout et personne ne fait vraiment attention à lui :

    -        « Je... euh... je viens pour Agnès... Agnès Richard... »

    Il finit par accrocher le regard d’une femme en blouse blanche qui lui dit, sans ménagement...

    -        « Ah oui, la fille en moto... c’est grave, monsieur, très grave...

    -        Mais euh... On m’a dit qu’elle était en vie. Elle va s’en sortir... n’est-ce pas ? »

    ... Silence... la scène est figée...

    -        « S’il vous plait... dites-moi que...

    -        Elle est dans le coma... on a fait le maximum... » 

           Et déjà la blouse blanche disparaît derrière une porte « Personnel only – Ne pas dépasser ». Le maximum, le maximum, le maximum... Ce mot vrille de son cerveau jusqu’à ses tripes. Le maximum de quoi ? Le maximum jusqu’où ? Elle ne peut pas... il a dit qu’elle était en vie... Il faut qu’il sorte, il étouffe, il faut qu’il respire... Déjà une autre blouse blanche se tient devant lui, et lui tend deux grands sacs en papier kraft :

    -        « Ses affaires personnelles, tenez... »

           Marc regarde les sacs, à l’intérieur des lambeaux de vêtements... du sang... du sang... Il est comme anesthésié, incapable du moindre mouvement, le cauchemar pouvait commencer, et il finit par demander :

    -        « Je... je veux... je peux la voir... ? »

           La fille accompagne Marc dans la chambre d’Agnès, « Neuro-réanimation – Soins intensifs », rien que la lecture des noms sur le panneau lui glace le sang. En entrant, Marc eut une vision terrible, un choc indescriptible, comme si on avait regroupé des morceaux du corps d’Agnès dans un même lit. Le « Rassurez-vous, elle est en vie » tourne encore dans sa tête... mais non... ce n’est pas ça la vie... Il ne la reconnaissait pas sous tant d’appareillages d’assistance respiratoire et de circulation sanguine, de perfusions, de contusions violacées... Et ces bips réguliers qui vous serrent le cœur à chaque battement... Il y a une grosse différence entre « être en vie » et « être en vie »... ou plutôt être artificiellement en vie. Il était totalement désemparé devant cette pauvre petite chose fragmentée dont les morceaux n’auraient été reliés que par des tuyaux, et ne comprenait toujours pas comment elle avait pu se trouver à cet endroit, prise dans cet accident sordide... morbide...

           Avant midi, le neurochirurgien passa voir Agnès dans sa chambre.

    -        « On a fait ce qu’on a pu, mais il faut vous préparer au pire. »

    Puis, il énumère... le diagnostic initial... sinistre et long comme un jour sans fin

    -        « Traumatisme crânien grave

    -        Traumatisme maxillo-facial grave Le Fort II

    -        Contusion pulmonaire due à une fracture du sternum

    -        Fracture complexe du bras droit avec dislocation de l’épaule

    -        Fracture complexe du bassin avec dislocation de la hanche

    -        Traumatisme abdominal et défaillance multi viscérale...

    -        Fracture de D2

    -        Coma stade II » 

    Et ça, ce n’est que le diagnostic initial, à son arrivée... Commence alors l’interminable angoisse de l’attente... les heures qui semblent figées... la peur au ventre... Coma stade II, cela signifiait qu’Agnès réagissait à certains endroits de son corps aux stimuli douloureux, de toutes les façons en dehors des zones situées sous la dorsale abîmée.

           Et les heures se transforment en jours... Bien qu’il soit très difficile même pour les médecins réanimateurs d’évaluer l’état de conscience d’Agnès, Marc attacha beaucoup d’importance à venir tous les jours pour lui parler. Comme pour qu’elle n’oublie rien de leur histoire, d’une voix douce et bienveillante, il lui racontait leur rencontre, la timidité qu’il avait éprouvée, le plaisir ressenti dès leurs premiers échanges. 

           Et les jours en semaines... Son corps tenait le coup.

           Et les semaines en mois... Lentement, les organes se réparèrent, les fractures se consolidèrent, l’œdème et les hématomes avaient presque disparu, le trauma facial s’estompait après l’intervention, même si son visage n’était plus tout à fait le même. À sept semaines, les médecins avaient fait deux tentatives pour arrêter la sédation, ça se passait mal à chaque fois. Mais la troisième fut la bonne... Elle était désormais dans son propre coma. Espoir retrouvé... Alors il se pouvait qu’elle puisse se réveiller... 

    -        « S’il te plait, si tu dois partir... pars. Mais si tu dois rester... reviens ! »

     

           Le transport sanitaire pour rapatrier Agnès sur Paris était désormais possible, mais en toute délicatesse. Cela sera plus facile pour Marc de jongler entre l’hôpital et son boulot qu’il avait délaissé depuis ces derniers mois.

     

     

     

     

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    * ANIMATION * Monkey Symphony

     

     

    Dans un monde où les singes sont mélomanes, deux jeunes chimpanzés se retrouvent séparés par un différend musical et surtout une guenon acariâtre. Mais ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs ? Film d'animation réalisé dans le cadre de la formation cinéma d'animation 3D de l'école ESMA (École Supérieure des Métiers Artistiques - promo 2013).

     

    Réalisateurs : Maxime Baudin, Mélanie Fumey, Julien Gauthier, Samuel Gonon

    Musique : Pierre-Yves PLAT et Maxime BAUDIN

     

     

     

     

    Une belle création HD.

     

     

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    * L'ENCRIER * « Dernier Vol pour l’Inframonde » - 5/8

     

     

           Orange, 0 h 55 – Juste avant la bifurcation entre les autoroutes A7 et A9, la Mercedes freina en extrême urgence. Malgré de puissants disques ventilés, elle percuta l’arrière d’un monospace l’envoyant balader sur la droite vers la bande d’arrêt d’urgence comme une boule de billard. Découvrant trop tard deux autres véhicules légèrement accidentés plantés juste après le monospace, à moitié sur la file centrale et celle de gauche, Karl donna un coup de volant, mais la roue avant gauche en mordant le muret central fit prendre à la Mercedes le départ pour un envol avec atterrissage sur le toit, et lui laissa la faculté de jouer au bowling en s’aplatissant en plein milieu des deux voitures accidentées. La V-Max qui collait au train la Mercedes réussi à éviter la première des voitures, mais s’emplafonna directement dans la CLS à peine reposée sur son toit. La V-Max s’écrasa en se plantant littéralement dans la portière droite, stoppant net et projetant Agnès par-dessus les roues fumantes de la voiture...

           Au moment de l’impact, ses bras s’enfoncèrent douloureusement dans ses épaules en même temps que ses fesses quittèrent la selle. Comme un long vol d’Icare, suspendu, au ralenti, elle ne ressentait pas la violence du choc. Elle se voyait docilement projetée vers l’avant, passer au-dessus du bas de caisse de la Mercedes . Elle ne voyait plus clairement les autres conducteurs se diriger déjà vers elle, ou cette femme qui la regardait en se tenant la tête comprenant ce qui arrivait, comme aveuglée par la destinée qui l’aimantait. Les yeux déjà clos pour mieux faire face à l’inéluctable, Agnès comprit que son désir de mort allait se réaliser plus tôt que prévu.

           Elle ne verrait donc pas les blanches falaises de Cassis...

           Encore ivre d’adrénaline par cette course folle de trente minutes, elle crut apercevoir les yeux océan de Marc... sentir la douceur de ses lèvres tendres dans leurs suaves baisers... la chaleur du feu de leurs corps après l’amour... Incapable d’un quelconque mouvement, figé dans l’inexorable vol, le corps d’Agnès s’enroula légèrement vers l’avant au-dessus de la CLS pour se laisser projeter bien en avant sur le bitume. Son hasard en avait donc décidé autrement, la chute de son histoire était là et maintenant. L’image de Marc fugace et déjà floue traversa une dernière fois son esprit, elle crut même s’entendre lui dire « Au revoir, mon amour »... Déjà son casque percutait le sol... grand trou noir... fin de vision... puis Icare lâcha ce corps comme un pantin sans fils, Agnès glissa inerte sur plusieurs mètres.

           Après le vacarme des tôles qui se déchirent, le silence imposant, pénible et lourd... quelques rares bourdonnements de moteur subsistant à travers cette espèce de chape de plomb tombée en moins d’une minute, puis déjà les premiers cris montaient prenant conscience de la gravité de la situation. Des débris disséminés, morceaux de feux arrière, parechoc, rétroviseur, vision de désolation. Karl était sorti de sa voiture, sous le choc, mais incroyablement indemne, quelques égratignures et des douleurs cervicales. Il se dirigea aussitôt vers le corps d’Agnès, gisant sur le sol telle une marionnette désarticulée. N’osant la toucher, il l’appelait comme pour la réveiller d’un terrible cauchemar. Après un temps qui parut une éternité, deux patrouilleurs de l’autoroute se placèrent en protection amont pour bloquer l’éventuelle circulation... Deux VSAV (véhicule de secours et d’assistance aux victimes) des sapeurs-pompiers et un médecin urgentiste du SMUR (service mobile d’urgence et de réanimation) de l’hôpital d’Orange s’installent dans un flamboiement d’halogènes inondant l’autoroute comme si le jour s’était soudainement levé. Arrivée sur place, la Compagnie Républicaine de Sécurité commença à prendre note des faits : identification des victimes, des témoins, consignation des immatriculations, mesures topographiques et autres relevés habituels de circonstances lors d’un accident sur la voie publique. Deux véhicules d’urgence médicalisée de l’hôpital d’Orange arrivèrent également sur les lieux transformés en une sorte de fourmilière géante parfaitement orchestrée, chacun sachant clairement le rôle qu’il avait à jouer. Il n’y avait pas de blessés graves parmi les occupants des premiers véhicules accidentés, les personnes étaient plutôt en état de choc. Seul l’état d’Agnès était critique.

     

           Orange, 1 h 28 – Héliportage vers le centre hospitalier.

     

     

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    Parce que Peinture et Musique n’avancent pas l’une sans l’autre...

     

    Anthony Moreau « Les larmes »

     

     

    * COULEURS * « Au bord de l'eau » - Aquarelle

     

    « Au bord de l'eau » - Aquarelle - 30X45 cm - 2015

     

    Étude du cycle de l’eau - Surface mi-mat sur papier satiné

    (Journée avec Jacky REVERS)

     

     

     

     

     

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    * L'ENCRIER * « Dernier Vol pour l’Inframonde » - 4/8

     

     

     

           Solaize, 22 h 40 – Banlieue nord de Lyon, malgré la proximité de l’agglomération, la station est déserte à cette heure avancée de la nuit. Agnès transmet sa carte bleue par le tiroir de sécurité avant de faire le plein. Il lui fallut parlementer un quart d’heure avec l’employé de nuit pour qu’il l’autorisât à rentrer boire un café avant de reprendre la route.

           Au diable la psychanalyse... En ce qui la concernait, Agnès aimait aussi croire en l’existence de sa propre liberté de penser et d’action. Pourtant ce soir elle venait de prendre conscience que leurs caractères indépendants étaient, eux aussi, différents : un dans la réserve et l’autre dans l’exubérance. Marc avait besoin de perpétuelles découvertes, toujours attiré par le goût de l’étonnement provoqué par l’autre. Jusqu’à présent, Agnès semblait répondre à ses attentes, elle était pleine de ressources et d’imagination, mais jusqu’à quand ? Cette éternelle soif de découvertes et de nouvelles aventures amènerait un jour Marc à fuir l’ennui à toutes jambes, et à la quitter. D’avance, Agnès voyant toujours les événements au-delà du possible et de préférence avec un regard pessimiste, cette perspective l’angoissait.

           L’autoroute était vide de toute vie. Seul le ronronnement de la V-Max emplissait la campagne. Elle pousserait sans doute jusqu’aux falaises blanches de Cassis.

           Au-delà, Agnès commençait à découvrir les contours de ses attentes, et de cette dépendance affective, comme un thérapeute l’aurait définie, dans laquelle elle se trouvait. Sa vie se rythmait en fonction de Marc, guettant le moindre signe d’attention. Agnès se sentait paradoxalement coincée entre cette différence qu’elle appréciait chez Marc et cette même différence qui la séparait d’elle, entre d’un côté ses besoins d’attention, de maîtrise, de sécurité et de l’autre les signes qu’elle percevait comme de la désinvolture qu’elle recevait en plein cœur. Ne pouvant rester en détresse, prostrée et mélancolique, il lui fallait trouver à nouveau la solution salvatrice. Une d’entre elles était de mettre fin purement et simplement à cette relation, et reprendre la maîtrise de sa vie. Cela voulait dire perdre cet être positif qui lui faisait croire que tout était possible, tirer un trait sur l’enrichissement qu’il lui apportait, se priver de sa tendresse et de son écoute bienveillante. Cela lui paraissait insurmontable. Alors, il lui fallait continuer et trouver son équilibre dans le difficile apprentissage de la tempérance, et qu’elle sache lui laisser cet espace de liberté dont il avait besoin. Agnès savait qu’on ne pouvait changer le tempérament des gens.

           Et si les blanches falaises de Cassis lui permettaient de solutionner les trois problèmes à la fois ? Les difficultés professionnelles, les soucis du cœur et, curieusement, le contrôle du déroulement de sa vie...

     

           Sauzet, 23 h 55 – Aire de « Roubion », Agnès refaisait le plein en se disant que le prochain se ferait un peu avant la banlieue nord de Marseille, à moins de poursuivre via Aix-en-Provence pour filer sur Cassis ensuite. Elle consultait son GPS sans apercevoir l’automobiliste qui s’approchait pour regarder la V-Max. Elle ne leva les yeux qu’au moment où l’homme la salua avec un fort accent allemand :

    -        « Bonjour, belle machine... »

    -        « Oui, merci, un vieux modèle, mais elle sait se tenir sur la route »

    -        « Je peux me permettre de vous offrir un café ? »

           À sa propre surprise, Agnès accepta, et fit la connaissance du dénommé Karl, originaire de Düsseldorf, qui après un rendez-vous sur Lyon, se dirigeait désormais vers Monaco au volant d’une Mercedes CLS 350. Avec son V6 de 272 chevaux calé sur quatre roues sous une ligne épurée, la CLS était-elle aussi une invitation aux voyages à grande vitesse. Tout en sirotant leur café, chacun y allait dans la présentation des qualités de son bolide ; le silence à bord de la Mercedes, sa tenue de route exceptionnelle autant sur les routes sinueuses que les voies rapides, la plastique superbe, et des performances très convaincantes. Selon Karl, il lui fallait quelques sept malheureuses petites secondes pour atteindre les 100 km/h. Il n’en fallait pas plus pour chatouiller Agnès. Elle s’excusa de n’avoir qu’un V4 installé en carré qui avait malgré tout un couple prodigieux ! Elle n’avait jamais vraiment calculé en combien de temps elle atteignait les 100 km/h, mais avec ses 145 chevaux pour seulement 254 kg contre les presque deux tonnes de la Merco, sa V-Max devait lui faire la pige ! Il n’en fallut pas moins pour lancer le défi...

           Ils reprirent la bretelle d’accès à l’autoroute, chacun gardant en tête les performances de son bolide, la course amicale pouvait commencer. Au démarrage, la V-Max enfumât complètement la Mercedes, Agnès en oubliait tous ses soucis. En ligne droite et vitesse pure, la Merco reprenait légèrement l’avantage, mais plus loin Karl levait déjà le pied pour laisser Agnès revenir en plafonnant à 240 km/h. Minuit passé, l’autoroute leur appartenait totalement. Après Saint-Restitut, la V-Max penchait à merveille dans les courbes concentrée sur la meilleure trajectoire, alors que Karl driftait avec la Mercedes. Le radar fixe de Mornas flasha la moto. Agnès n’eut même pas le temps de voir l’éclair lumineux ni de se demander si le radar aurait le temps de lire sa plaque. Le défi se poursuivait cordialement. La V-Max frôlait la zone rouge, le moteur ne ronronnait plus, Agnès n’entendait que les aigus du régime moteur, 255 km/h pour se replacer à la hauteur de Karl, les lignes blanches étaient encore visibles en pointillés malgré la vitesse.

     

     

     

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